Historique de la Levée de la Divatte

La construction de la digue "Levée de la Divatte"



Sa construction débute en mars 1847 à Port-Moron et s’achève en mars 1856 au droit des coteaux des Grésillières à Basse-Goulaine. Son développement total est de 15.843 m, de la Chapelle-Basse-Mer en passant par Saint Julien de Concelles à Basse-Goulaine. Elle est élevée à la hauteur de la crue de 1843, rehaussée de 50 cm (la plus forte depuis 1711). Le cœur de la digue n’est qu’un tas de sable et de remblais pris le plus souvent dans des excavations d’emprunts situées dans la vallée. Sa largeur en tête est de 5,5 m à 6,3 m et en pied de 12 à 14 m. Elle est protégée côté Loire par un perré de moellons jointés à la chaux. Une butée de pied consolide la stabilité du perré. La murette sera construite par tronçons à partir de 1860 et terminé en 1870 en même temps que l’empierrement de la chaussée pour rendre la levée carrossable. Avec la construction des ponts de Mauves et de Thouaré entre 1879 et 1882 la levée devient un axe routier.
 




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Image extraite du livre La Divatte une Levée "entre Hommes et Loire" 
Publié par le Conseil Général de Loire-Atlantique.


Construction digue 2 

 

Histoire de la digue

« Levée de la Divatte Restons vigilants »
 

Les relations entre la Loire et ses riverains ont été longtemps ambiguës. D’un côté les hommes voulaient bénéficier de ses bienfaits : fertilisation, irrigation, pêche, navigation, et de l’autre côté ne voulaient plus subir ses caprices dévastateurs.
 La Levée longtemps souhaitée est venue mettre fin à ce dilemme au milieu du 19e siècle.
 Trois facteurs vont se conjuguer pour faire aboutir ce projet :
1. Les riverains, qui déjà, au cours des siècles précédents, avaient construit de petites digues  éparses le long du fleuve (les turcies), étaient fatigués de ses débordements qui ravageaient plusieurs fois par an leurs cultures. Les habitants de la Chapelle Basse-Mer furent les premiers à se regrouper et à demander de former un Syndicat pour entreprendre la construction d’une digue à la Boire-d’Anjou, avec un apport financier de l’État. 
2. Les propriétaires terriens, souvent des bourgeois-nantais-spéculateurs, avaient remarqué depuis quelques temps les possibilités offertes par des terres aussi riches qui pourraient devenir  « le jardin de la France ».
3.  L’industrialisation naissante et le commerce pour se développer, devaient s’appuyer sur des moyens de transport sûrs et bon marché ; d’où le développement de la navigation fluviale favorisée par l’endiguement de la Loire qui accentuait le creusement du chenal.
 Un premier projet déposé par un concellois-nantais en 1807 fut sans suite. Ce même projet fut repris et modifié en 1841 par l’ingénieur Lemierre.
 Survient en 1843 la plus forte crue jamais vue de mémoire de ligérien.
 Les plans sont alors réétudiés par les ingénieurs des Ponts et Chaussées Watier et Jégou, afin que la digue soit insubmersible. En 1846, le roi Louis-Philippe signera deux ordonnances qui seront le véritable acte de naissance de  «  La levée insubmersible sur la rive gauche de la Loire depuis la rivière Divatte jusqu’aux côteaux de saint Sébastien »
 Trois communes seulement seront concernées par cette digue : la Chapelle Basse-Mer, Saint-Julien-de-Concelles et Basse-Goulaine. Les communes de la Varenne et de Saint- Sébastien avaient souhaité que leurs terres basses soient également comprises à l’intérieur du périmètre protégé par la digue, mais cela leur fut refusé.
 En même temps que la construction de la digue il avait été antérieurement prévu « l’assèchement des marais de Goulaine » afin d’augmenter sensiblement les surfaces à récupérer pour l’agriculture. Ce projet non plus ne sera pas réalisé.
Le syndicat de la Divatte
      Le financement des travaux, qui furent adjugés à l’entreprise Hémery pour  732 549 francs or, fut assuré 1/3 par l’État et 2/3 par les propriétaires des terrains qui bénéficieront des plus-values obtenues par la construction de la digue.
      Le Syndicat des propriétaires fut créé par l’ordonnance royale du 3 septembre 1846. Il était chargé de :              
o faire réaliser le plan parcellaire des terrains compris dans le périmètre protégé.
o faire rédiger les projets de travaux
o passer les marchés.
o surveiller les travaux.
o prélever la participation financière annuelle de chaque propriétaire.
o payer les dépenses.
Son premier président Mr LAENNEC, maire de la Chapelle Basse-Mer, conduisit avec une grande clairvoyance et honnêteté les travaux jusqu’à leur achèvement.
Le syndicat de la Divatte géra l’ouvrage jusqu’en 1988. A cette période, faible et sans moyens adaptés à l’ampleur des travaux nécessaires, le Syndicat cédera la propriété de la Levée de la Divatte au Conseil Général de Loire Atlantique.
Les travaux commencés en 1847 ne se termineront qu’en 1856
           L’entreprise Hémery chercha par tous les moyens à réaliser l’ouvrage à moindre coût, et à l’inverse, à facturer au maximum le moindre changement au cahier des charges initial.
 Les riverains de leur côté voulurent tirer le plus de commodités de cet ouvrage en demandant la construction d’escaliers, de rampes et de cales toujours plus nombreux. Enfin, les propriétaires et l’état ne se pressèrent pas à régler chacun leur quote-part.
 Ces trois partenaires du projet, au lieu d’unir leurs efforts pour accélérer sa finition, ne réussirent, par leur comportement négatif, qu’à doubler le temps de construction initialement prévu.
 Les travaux furent réalisés sous la surveillance technique des Ponts et Chaussées, et la responsabilité administrative du Préfet, représentant de l’État. Le Syndicat de la Divatte devant jouer le rôle de chef d’orchestre face à tous ces intérêts pas toujours concordants.
 Le coût global de la Levée se montera en 1861, après achèvement des travaux, à 1 266 300 francs or, dont 431 065 payés par l’État et 835 234 réglés par les propriétaires. (soit un dépassement de 533 751 francs or soit +73%)
La construction et l’adaptation progressive en voie de circulation
 La digue fut prévue pour que son couronnement soit 50 cm au-dessus du niveau de la crue de 1843.
            Large de 14 m à la base et de 6 m au sommet, haute en moyenne de 3 m, la digue était constituée, en principe, de terres argileuses empruntées sur les rives, et protégée des agressions du fleuve par un perré (mur oblique de moellons cimentés au mortier) ; puis consolidée, côté val, par une contre-digue en terre de 3 m de large. Elle ne comportait, initialement, ni route, ni murette.
           Sur plusieurs tronçons la terre argileuse fut remplacée par du sable plus abondant dans le secteur, et la couche de terre gazonnée qui devait servir de matelas stabilisateur au perré fut souvent omise, ce qui provoqua de nombreuses dégradations dans les maçonneries lors des crues.
           Les habitants des villages de Saint Simon, la Pierre Percée, la Chebuette et Boire-Courant demandèrent et obtinrent que devant chez eux la digue fût surbaissée. On devine ce qui se passa lors des très grandes crues. Cette erreur de construction fut rétablie vers 1865, en même temps que l’on généralisait la construction de la murette sur la totalité de la Levée.
           Les habitants de Basse Goulaine furent les moins favorisés par la réalisation de la digue, car ils furent les derniers protégés, bien que devant cotiser comme tous les autres propriétaires. L’écluse à portes leur fermait l’accès du canal de Goulaine dès que les eaux de la Loire étaient hautes, arrêtant du même coup les transports fluviaux qui assuraient l’approvisionnement en chaux du four du Montru, et l’écoulement de plus de 60 000 tonneaux de vin vers Nantes. Pendant 10 ans la commune multiplia les pétitions afin qu’une écluse à sas remplace celle à portes, permettant ainsi le passage des bateaux quelque soit la hauteur des eaux. Quand en 1865, l’État donna enfin son accord au projet, il était trop tard : le four du Montru avait arrêté sa production en reportant celle-ci à Liré et d’autres ports tels que Boire-Courant ou la Chebuette prospéraient sur la Levée.
            La Levée terminée, chacun voulu pouvoir l’utiliser. Mais construite dans un but uniquement de protection contre les débordements du fleuve, elle ne devait supporter aucun transbordage ni circulation. Il fallut petit à petit adapter la digue à la vie quotidienne des villageois de ce secteur.
            D’abord des autorisations furent accordées pour décharger les toues et les gabares et faire passer leurs chargements de l’autre côté de la digue. Ensuite quelques charrettes obtinrent le droit de circuler sur quelques centaines de mètres le long des villages. Puis la route dans la vallée souhaitée, dès 1840, par le Syndicat du Marais du Chêne, n’ayant pas été réalisée, de nombreuses demandes furent adressées au préfet afin que la Levée fut classée route départementale reliant ainsi la Loire-Inférieure au Maine-et-Loire. La route fut réalisée de1868 à 1870, aux frais de l’Etat, et dénommée GC 85 puis classée RN 751 en 1911, avant d’être déclassée CD 751 en 1972.
 Au début du XXème siècle les camions-automobiles de plus de 3 tonnes n’étaient autorisés à rouler sur la Levée, qu’à 12 km/heure. Depuis la circulation n’a cessé d’augmenter et de dégrader la digue. En 1978 un projet d’élargissement et de bétonnage de la Levée fut étudié, heureusement son coût prohibitif stoppa ce projet. 
 A partir 1995, l’association de Défense de la Levée de la Divatte, relança sans cesse les élus du Conseil Général et les maires pour que la route dans la vallée se concrétise. L’inauguration d’un premier tronçon se fit en septembre 2003, mais, en 2010, il reste toujours une seconde partie à réaliser pour que la digue soit allégée d’une forte circulation et devienne une route touristique.
Les crues de la Loire et les 2 ruptures de la Levée
 
 La construction de la digue et sa conséquence : la chenalisation du fleuve, n’empêchèrent pas les crues. On en dénombre une vingtaine de plus 6 mètres à la cote de Montjean entre 1843 et 1945. Cette cote de 6 mètres à Montjean correspond environ à 5, 50 le long de la Levée, soit         1 mètre sous la murette. Les deux plus hautes furent celles de décembre 1910, cause d’une rupture et janvier 1936, année où les anciens disaient qu’ils pouvaient faire venir boire les chevaux par dessus la murette !
 Après les années 1950, le dragage du sable en Loire, en particulier devant la Levée de la Divatte, abaissa le lit du fleuve ce qui minimisa fortement la hauteur des crues mais détériora dangereusement la solidité du pied de la digue.
 Les crues ont une périodicité : dix ans pour les crues moyennes, trente ans pour les fortes crues, cent ans pour les crues exceptionnelles. Si ces dernières sont concomitantes avec des conditions climatiques inaccoutumées : grandes marées, vents d’ouest violents et fortes pluies ou fontes des neiges cela devient une catastrophe.
 La Loire n’est jamais passée au-dessus la digue ; insubmersible, la Levée l’est restée jusqu’à ce jour, mais par deux fois elle a cassée sous les assauts du fleuve.
 Au début juin 1856, la Levée à peine achevée, une crue exceptionnelle amplifiée par un vent violent provoqua une rupture à Saint-Simon sur la commune de La-Chapelle-Basse-Mer. Toute la vallée fut inondée, alors que les foins et les récoltes étaient encore sur pied.
 A nouveau le 2 décembre 1910 vers 21 heures, après une année très pluvieuse, la digue céda entre Bel-Air, et la Praudière, sur la commune de Saint-Julien-de-Concelles. Les dégâts furent très importants, de nombreuses maisons et bâtiments agricoles furent détruits. Le 3 décembre à 23 heures se fut la digue d’Embreil qui céda à son tour inondant le marais de Goulaine. Pour accélérer l’évacuation de l’eau de la vallée, le 7 décembre les ingénieurs des Ponts et Chaussées firent sauter la Levée de la Divatte au niveau de l’écluse de Basse-Goulaine.
 La dernière crue en 1995, loin d’être la plus importante, révéla la vétusté et la fragilité de l’ouvrage, vers la Chebuette où l’eau passa au travers de la digue et à la Mouronnière.
Consolidation et travaux
 La crue et l’inondation de 1856 ont révélé les faiblesses de la digue et les erreurs de construction.
 De 1858 à 1870 les enquêtes et les travaux vont se succéder. Ce fut d’abord le rehaussement de la digue elle-même aux cales de Boire-Courant, la Chebuette et la Pierre-percée qui avait été abaissée sur ces villages à la demande des riverains afin de ne pas leur cacher la vue sur la Loire, puis le rehaussement du perré par le mur de revanche jusqu’au sommet de la digue et la construction de portions de la murette. Côté val la digue fut renforcée par un talus intérieur renforcé par endroits de banquettes empierrées.
 En 1875 les ingénieurs des Ponts et Chaussées présentèrent des plans pour reconstruire la cale de la Chebuette et mieux l’adapter au transbordage. Le Syndicat refusa de payer cette adaptation prétextant que les utilisateurs étaient en majorité des habitants du Loroux-Bottereau et de Vallet et que s’était à eux de payer. Rien ne fut fait.
 En 1881 des travaux importants de réfection du perré et d’ajout de banquettes, furent realisés de la Boire d’Anjou à la Pierre-Percée. Ce furent aussi les années de construction des ponts de Thouaré.
 En 1900 l’aménagement de la cale des Carroueils, utilisée principalement par les sabliers, fut réalisé au prétexte « qu’il fallait mieux utiliser le sable ici que de le laisser partir à la mer… »
 Après la très forte crue de 1904, « qui inquiéta fortement la population » le Syndicat décida d’entreprendre le rejointement des perrés. 
 Les années après la rupture de 1910, de grands travaux furent entrepris : comblement des deux brèches, réfection des perrés, de la route et de la murette mais aussi consolidation des banquettes côté val et changement des portes de l’écluse de Basse-Goulaine.
 Dès 1920 les camions-PL circulant sur la digue sont de plus en plus nombreux, multipliant ainsi les accidents, obligèrent à de très nombreuses reprises de la murette.
 Après les fortes crues de 1923 et 1936 des travaux de réparations furent entrepris tout au long de la digue, ce qui permit sans doute à l’ouvrage de mieux résister aux crues de 1941, 1944 et 1945 pendant la guerre, ainsi qu’à celles de 1982 et 1987.
 A partir des années 1950, les ingénieurs des Ponts et Chaussée proposèrent la pose d’enrochements en pied de digue afin de prévenir les glissements de l’ouvrage accentués par l’extraction de sable sur cette portion de la Loire.
 En 1989 le périphérique nantais va recouvrir et faire disparaître, la partie la Levée comprise entre les Savarières et Bellevue. Patrimoine détruit mais solidité accrue !
 A partir de septembre 1988 le Conseil Général devient propriétaire de la Levée de la Divatte  et réalise des études à long terme pour définir les travaux ainsi que les urgences de leur réalisation. Depuis 1994, plus de 10 000 000 d’euros de travaux ont été réalisés, avec l’aide financière de l’État (35%) et du Conseil Régional (25%), 40% restant à la charge du département, afin de redonner à la digue plus de solidité. 
 Ces travaux très importants consistent principalement :
• mise en place côté Loire sur toute la longueur de l’ouvrage, de gros enrochements en pied de digue avec pose d’un géotextile pour permettre la filtration sable/eau lors des décrues,
• côté val confection d’un drain avec géotextile, talus de pierres couvert de terre et enherbé,
• au droit des habitations l’étanchéité est réalisée soit par la pose de palplanches (la Pierre-Percée), de parois  bétonnées ou de gabions,
• rejointement des perrés et réfection de certaines cales,
• réfection du mur de revanche et de la murette (travaux en cours),
• entretien courant, désherbage, fauchage…
Et demain, « Restons vigilants »
 
  La Levée de la Divatte a très bien joué son rôle en protégeant des crues de la Loire une vallée de 2800 hectares et 3500 habitants. Elle a permis au cours des décennies de développer des cultures rémunératrices telles que : le chanvre, le tabac et surtout le maraîchage, faisant de cette vallée la plus riche du département et certainement de France.
 A l’aube du 21ème siècle, les riverains et leurs élus se doivent de rester vigilants. Seule une digue solide et entretenue nous protégera efficacement des réveils du fleuve.
 La continuation de la route dans la vallée à la Chapelle-Basse-Mer sera la clé qui ouvrira l’ère d’une Levée touristique.
 Les aménagements prévus par le Conseil Général : ralentisseurs sur la chaussée, piste cyclable et chemin de randonnée sur le risberme, aménagement des cales et des plateformes sablières, donneront à la Levée de la Divatte une seconde jeunesse dont pourront profiter les touristes et les riverains.

Rédaction : Dominique FREYSS / mai 2010.
Sources : Archives départementales, « Saint-Julien-de-Concelles et son passé » G. Vivant, Association Intercommunale de Défense de la Levée de la Divatte et Conseil Général de Loire Atlantique. 
 
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